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À l'époque où Ermengarde gouverne Narbonne, la poésie lyrique du fin'amor connaît son apogée en Occitanie. Les nombreuses allusions positivesà Narbonne contenues dans les œuvres des troubadours contemporains semblent témoigner du rôle de mécène que l'historiographie traditionnelle attribue souvent à la vicomtesse. Le troubadour dont le nom est le plussouvent associé à la cour de la vicomtesse de Narbonne est Peire Rogierqui, selon sa vida rédigée vers la fin du XIIIe siècle18, après avoirabandonné son état de chanoine de Clermont pour se faire jongleur : « Il se rendit à Narbonne, à la cour de Madame Ermengarde, qui était alorsune dame de grande valeur et de grand mérite. Elle l’accueillit très cordialement et lui procura de grands avantages. Il s’éprit d’elle, et la chanta dans ses vers et ses chansons. Elle les reçut de bon gré, et il l’appelait : « Vous-avez-tort » [Tort-n’avez]. Il séjourna longtempsà la cour avec elle, et l’on crut qu’il obtint d’elle la joie d’amour.Aussi en fut-elle blâmée par les gens de cette contrée. Et, par craintedu qu’en-dira-t-on, elle lui donna congé et l’éloigna d’elle. »
C'est à Ermengarde que la trobairitz Azalaïs de Porcairagues dédie sa canso, d'après sa tornada : « vers Narbonne, emportez là-bas ma chanson(...) auprès de celle que joie et jeunesse guident ». Bernard de Ventadour en adresse une autre à « ma dame de Narbonne dont chaque geste estsi parfait que l'on ne peut médire sur son compte ».
Raimon de Miraval semble évoquer sa réputation de générosité envers lestroubadours, selon la médiéviste britannique Linda Paterson, spécialiste de l'histoire culturelle de l'Occitanie médiévale, en remettant à son jongleur un sirventès valant, affirme-t-il, « un cheval ventru, avecune selle de Carcassonne, et une enseigne et un écu de la cour de Narbonne ».
Selon sa vida, le troubadour périgourdin Salh d’Escola séjourna auprèsd’une nommée « N’Ainermada de Nerbona ». À la mort de sa protectrice, il « abandonna l’art de « trouver » et le chant » pour se retirer dans sa ville natale de Bergerac26. Les éditeurs de la vida, Jean Boutière etAlexander Schutz, proposent d’identifier la dame en question à Ermengarde, dont le nom pourrait avoir été corrompu lors de la copie d’un manuscrit. La vicomtesse aurait également été en relation avec d'autres troubadours, notamment Giraut de Bornelh et Peire d’Alvergne.
Vers 1190, un clerc français du nom d’André le Chapelain (en latin, Andreas Capellanus) rédige un Traité de l'Amour courtois (en latin, De Arte honeste amandi ou De Amore), qui connaît une importante diffusion aucours de l’époque médiévale. Dans la seconde partie du traité, « Comment maintenir l'amour ? », l’auteur expose « jugements d’amour » qui auraient été prononcés par certaines des plus grandes dames du royaume de France : sept de ces jugements sont attribués à Marie de France, comtesse de Champagne, trois à sa mère, Aliénor d'Aquitaine, trois autres à sabelle-soeur, la reine de France Adèle de Champagne, deux à sa cousinegermaine, Élisabeth de Vermandois, comtesse de Flandre, un à l'« assemblée des dames de Gascogne » et cinq à Ermengarde de Narbonne, qui est la seule dame nommément désignée par l'auteur qui ne soit pas apparentéeaux autres. En dépit du caractère probablement fictif de ces jugements, ils attestent de la renommée acquise par Ermengarde dans le domaine de l’amour courtois, même dans l’ère culturelle de la langue d'oïl.
D'après la Orkneyinga saga, Ermengarde aurait même accueilli à sa courRognvald II des Orcades, prince poète et musicien d’ascendance viking,qui aurait composé pour elle des strophes scaldiques