individual :
Dans la version qu'en donne Ovide (43 avant notre ère - 17 ou 18 de notre ère), le fils de Hermès et d'Aphrodite, comme son nom l'indique, Hermaphrodite hérite à sa naissance, sur le mont Ida de Troade, de la beauté de ses parents. Un jour qu'il se baigne dans le lac de Carie habitépar la naïade Salmacis, celle-ci s'éprend du bel adolescent. Comme Hermaphrodite repousse ses avances, Salmacis l'étreint de force et supplieles dieux d'être unie à lui pour toujours. Le vœu est exaucé et ils neforment plus qu'un seul être bisexué, à la fois mâle et femelle. Hermaphrodite fait alors un vœu à ses parents, que tout homme se baignant dans le lac de la nymphe en sortirait lui aussi doté d'attributs féminins.
Jacques Desautels précise qu'Hermaphrodite n'est pas un héros comme lesautres, car hormis sa grande beauté, il ne possède pas de forces particulières, physiques comme psychologiques. L'auteur le qualifie même de"garçon normal"3.
Ce mythe d'Hermaphrodite peut être rapproché de celui des androgynes évoqué dans Le Banquet de Platon, au IVe siècle avant notre ère : à l'origine, certains humains (hermaphrodites) possédaient à la fois les caractères féminins et masculins, et Zeus, s'alarmant de leur potentiel, lessépara brutalement en deux moitiés. On peut remarquer à ce propos quesi l'androgyne est le plus souvent déconsidéré dans la littérature grecque et romaine ce n'est pas le cas constamment, bien au contraire. Violaine Sebillotte Cuchet évoque le traité Airs, Eaux, Lieux d'Hippocrate4, habituellement daté de 440-425 avant notre ère où il est question decertains Scythes, les Ennarées. Elle se réfère à « l’étude originale deLuc Brisson qui analyse la figure de l’androgyne dans la perspective déjà ouverte par Marie Delcourt, comme celle d’un individu médiateur avec le divin et, par conséquent, très positivement connoté ». Ces Ennarées, Scythes d'une classe sociale élevée (qui montent à cheval), étant des médiateurs entre la déesse Aphrodite et les hommes tout en étant impuissants sexuellement et se comportant comme des femmes. Les Ennarées sont riches, honorés et craints comme des dieux.
Dans le traité d'Hippocrate intitulé Du Régime la diversité d’apparencedes individus provient, selon la théorie que construit le médecin, dedifférences d'appariement des "semences", féminine et masculine, lors de la conception. Si les individus androgynes et les femmes viriles ontdes genres hétérogènes (composés de masculin et de féminin), c’est parce que la semence qui l’a emporté provient du parent de sexe opposé. Sila semence féminine, quoique moins forte que la semence virile, est plus abondante elle l'emporte. Et la mère donne naissance à un homme efféminé (androgunos). Et si la semence féminine vient du père et domine alors la fille qui nait est désignée comme « virile », (andreia). Il en résulte que le traité affirme, en fait, « l’existence d’un continuum de genre : un individu peut être plus ou moins viril et plus ou moins féminin car, bien souvent, le genre combine des caractéristiques féminines et masculines »5. Ce traité n'évoque pas l'androgyne au sens actuel d'intersexe, une possibilité théorique si l'on suit la théorie d'Hippocratemais impossible selon le médecin et donc non envisagée. Ce qui apparaît, par contre, c'est la fluidité du genre encadrée par la binarité dessexes.
L'inscription dite de Salmakis a été découverte au Sud-Ouest du port d’Halicarnasse en 19956 dans un mur qui appartenait, semble-t-il, au sanctuaire d'Aphrodite et d'Hermès. Elle est datée du IIe ou du début du Ier siècle avant l'ère commune. Il s'agit d'un poème, énoncé par la déesse elle-même qui raconte les origines d'Halicarnasse et les « fiertés »(to timion) de la cité, dont celle du jeune héros, Hermaphrodite. L'original dont s'inspirerait la sculpture hellénistique du Louvre est datée, approximativement, de la même époque que l'inscription. L'Hermaphrodite de Salmakis avait la réputation, dans la tradition poétique de la culture impériale gréco-romaine - à l'époque de la "copie" - d’être un efféminé, de se complaire dans les plaisirs, parmi lesquels, les plaisirssexuels.